PAPE GROUP : Marcellin Yacé, du clavier à la flûte… De la flûte au clavier

En 1980, le Pape Group avait participé à la finale de Podium 80 et s’était classé 3ème sur 5. Ces jeunes du quartier Badjam de St Michel d’Adjamé reviendront à la finale de Podium 1981 avec d’autres arguments pour tenter de rafler la mise. Notamment une section Cuivre, ce qui était à l’époque rarissime dans un orchestre de jeunes. Et à l’époque à Podium, la section Cuivre rapportait des points en bonus. Et pourtant…

Mais la moisson fut moins abondante pour ne pas dire infructueuse, puisque le Pape Group sera classé 5ème sur 5, derrière Les Free de Kouamé (4ème), le Jellugiclo du Batteur de 12 ans, Feu Moon, le neveu Wompy (3ème), Les Farways de Marcel Doumatey (2ème), et Les Génitaux de Meiway (1er) … Classement d’un jury composé de Mme l’épouse du Ministre Sery Gnoléba, Fernand Didia de Radio CI, et de l’excellent compositeur, Paul Wassaba, dont le titre Wodassa loho gba était imposé à ce Podium.

À cette finale de Podium 81, reconnaitre que la prestation du Pape Group était en deçà des espérances suscitées à Podium 80, n’était qu’une lapalissade. Des compositions d’une grâce enfantine et fade. Mièvrerie d’une section Cuivre sensée donner des points en bonus. Inspiration artistique vue par le jury comme une torgnole à l’art musical… Bref, l’orchestration n’était nullement au diapason. Insipidité, dysharmonie, ton monocorde des cuivres, non, à la finale de cette année-là, le Pape Group était à côté… de la gamme.

L’ÉTINCELLE SYNTHÉ

Mais dans cette grisaille, l’étincelle est venue d’une étoile naissante, le jeu de l’organiste, Marcellin Yacé. Dans le second titre du groupe, Wassa, Synthé fera montre de dextérité (rarement égalée dans cette émission) dans la maitrise des instruments. Du clavier à la flute, et de la flute au clavier, il fallait de la maitrise pour le faire dans un concours musical. Marcellin l’a fait, signe annonciateur ou prémices du génie musical à large spectre que la Côte d’Ivoire lui reconnaitra. Génie musical apodictique dont le point le plus achevé sera l’explosion de Woya en 1985.

DES PRIX MENU FRETIN, MAIS JEUNES MUSICIENS HEUREUX

Quels étaient les lots mis en jeu et pour lesquels ces jeunes musiciens de l’époque s’échinaient à la tâche, ne dormant pratiquement pas durant les grandes vacances ?

Hormis le fait que chaque groupe ait eu un tee-shirt Wodassa loho gba de Paul Wassaba à cette finale de 1981, voici les lots remportés par les orchestres, pince-sans-rire :

  • Le 5ème (le Pape Group) : un téléviseur noir/blanc et un harmonica + 150 000 f
  • Le 4ème (les Free) : un téléviseur noir/blanc + 1 poste de radio + 1 harmonica + 250 000 f
  • Le 3ème (le Jellugiclo) : un téléviseur couleur + une guitare sèche + 500 000 f
  • Le 2ème (les Farways) : un téléviseur couleur + 2 guitares sèches + 1 radio – cassette + 750 000 f
  • Le 1er (les Génitaux) : un lot complet d’instruments + 1 million de f cfa

Bof, aujourd’hui ces prix sont dans l’ordre du menu fretin, fleurtant dans la sphère du dérisoire, pas très éloigné du ridicule. Mais dans les années 80, c’était valorisant et honorifique. Jouer dans un orchestre. Participer à Podium. Être vu en direct à la télévision nationale avec Ful. Le voir et même lui parler. Recevoir en bonus une enveloppe du Président Houphouët. Loin d’une suite de phénomènes psychiques se produisant pendant le sommeil appelés rêve, loin de l’onirique et du lénifiant. Vivre cette aventure de Podium était pour les jeunes musiciens de l’époque (Yalley John, Kassiry, Serges Kassy, Waiper Saberty, Yoh Claude, Meiway, Abou Bass, Don Guy, Marcellin Yacé, Marino…), un honneur, un début d’accomplissement de soi. Une sorte de revalorisation au sein de sa communauté. Mieux que le dieu Argent actuel.

IMAGES ANECDOTIQUES…

Dans cet élément de 8 mn 35 s, on suivra en bonus l’échange entre Ful et un membre du Pape Group pour l’explication du titre proposé. La réplique de ce membre qui a suscité applaudissements et rires sarcastiques des grands artistes qui composaient ce public, n’a eu le mérite que d’irriter un tant soit peu Ful qui s’était senti défié sur le terrain de l’ironie, et en direct sur la chaine de la RTI. L’animateur est resté pantois quelques secondes avant de reprendre ses esprits…

On reverra également Bailly Spinto dans toute sa splendeur, n° 1 de la musique ivoirienne en ce moment-là, donner son point de vue sur les capacités du lead vocal, le Regretté Sylvain Gbayéré.

Ce jour-là, on entendra par la suite, et pour la première fois, les premières notes de Anouhoumé,qui achèvera d’établir la notoriété de Spinto.

Dans un live de haut vol, Spinto chantera pour la première fois Anouhoumé, avec en back stage l’ORTI au sommet de son art, et en vocal background Chantal Taïba, Nayanka Bell… et un certain Waiper Saberty.

Mais ça, ce sera dans un numéro prochain.

Manu Waah

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