Après le succès du premier album, “Kacou Ananzè“ en 1985, et les concerts de Yamoussoukro, de Bouaké et du Colisée du Palais des Sports de Treich, le sibyllin patron de Woya, François KONIAN, amena son band se jauger en 1987, au Palais des Congrès de l’Hôtel Ivoire. Quelques mois plus tard, après le JBZ, Woya poussera de la voix, cette fois au Studio Davout, à Paris.

Pour son premier concert à Abidjan, Woya fit Colisée comble au Palais des Sports de Treich. On se souvient ce soir-là que ceux qui avaient leurs tickets et n’avaient pas eu accès à l’enceinte du Colisée. Plutôt que de rentrer chez eux, ils ont préféré rester là, dehors, aux abords du Palais des Sports pour faire la fête. Cette attitude cryptique se comprenait aisément car la sono crachait des décibels de métal ductile depuis l’enceinte du Colisée…
C’est fort de ce capital confiance, de ce test grandeur nature réussi, que l’ermite François KONIAN entraina le band défier un samedi soir du mois de mars 1987, la mythique scène du Palais des Congrès de l’Hôtel Ivoire.
Après Alpha Blondy et le Solaar System, après Adjé Daniel et l’UTCI, WOYA est le troisième groupe ivoirien dont l’entrée au spectacle à l’Ivoire fut fixée à… 10 000 f. En 1987, c’était du lourd. Une véritable gageure que réussit WOYA, déjà à la cime du hit-parade de la musique ivoirienne initié par Ivoire Dimanche, devant Alpha Blondy…
Cette première de Woya à l’Ivoire
Prologue de scène. Sous le coup de 21h, retentit le grand Tambour-Parleur Ébrié : des chœurs de génération Atchan pour annoncer l’entrée de Woya sur scène. Puis silence. David T dans sa tenue atavique coloniale salue le public et annonce le show. En quelques secondes, Woya fit le rappelle des intro de Kacou Ananzè, Chèque sans provision, Marguérita, et Oh Loubard. Le concert s’ouvrit véritablement avec des titres inédits (dont certains figureront sur le second album à venir), notamment Woya cherché, le sulfureux Tiatia Mouan Mouan, et le langoureux titre de goumin Gbowli Nanyo. Puis suivra le fameux Miélissa. Et Woya ouvrira la série des interprétations par Nclowô de Jimmy Hyacinthe, joué de manière très extatique. Puis suivront Souskay de Kassav et Around my dream de Silver Pozzoli.
En outre, le public de ce second live de Woya n’oubliera pas de sitôt ce mémorable ballet à deux de David Tayorault et du Percussionniste Ben Clap (Adjoussou Jean-Pierre) sur Ambiance facile.
Sranblé (l’Homme Noir) que jouera ici Woya (2ème album) incarne toute la vision et l’idéal musical de l’inspirateur de Woya, le fureté François Konian : les pieds dans la tradition, la tête dans le modernisme. Parfait graphisme illustratif de la pochette de ce second album. Après le speech de David T, le son du balafon de Marcellin Yacé nous emporte dans les profondeurs de ce qu’il reste du jadis luxuriant couvert forestier. Sur cette version live de Sranblé, on peut le dire avec une certitude quasi apodictique, Marcellin Yacé fera montre de son doigté léché et de son sens inné de la mélodie arcboutée sur les fondements de la musique ivoirienne…
Ce concert suivra son cours avec une étonnante et savoureuse reprise de Faoundi d’Allah Thérèse, comme jamais jouée de mémoire de mélomane, et un très enlevé Pikoun Pakoun inédit, tout en fanfare.
Pour clore ce live, Woya visitera enfin les titres connus de Kacou Ananzè, unique album du groupe en ce temps-là.
Après le succès fulgurant et nitescent de Kacou Ananzè, le public attendait chaud comme une biche mouillée, le second album. C’est donc de bon aloi que l’équanime concepteur de Woya emmena tout le band encore plus haut, cette fois à la cime neigeuse de la Tour Eiffel à Paris, au Studio Davout, pour smasher ce second opus porteur d’espoir de gigantomachie.
Musique assistée par ordinateur, oui mais, bon…
Des huit titres de l’album, Woya cherché, Café douflé et Miélissa auraient pu tirer cette seconde production vers le sommet. Mais à dire vrai, cet album trop « computuarisé » n’a pas atteint la qualité sonore de Kacou Ananzè. Mauvais mixage ? Mauvaise prise de son ? Mauvaise programmation ? Les esthètes sauront le dire. Café douflé qui était pourtant une belle promesse est apparu un peu comme cuit à l’étouffé sur cet album. En outre, Miélissa qui avait hypnotisé le public du Palais des Sports et soulevé celui de l’Ivoire par son aspect paroxystique, a perdu de sa superbe dans le feutré studio Davout de Paris. La magie de ce titre hypnagogique a été comme corrompue par la musique programmée des ordinateurs.
En tout état de cause, ce second opus de Woya gravé dans nos mémoires, reste pour notre génération, l’incarnation de la vision musicale du vétilleux Producteur, François Konian : s’appuyer sur ses racines pour mieux s’ouvrir au monde. Et le graphisme de la pochette de cet album en est une parfaite illustration.
Manu Waah
