FRANÇOIS LOUGAH – MIMI BASS: Une affaire de Kouglizia et Béhi

Lebry Léon Francis, Ebony 2006, décédé le 21 janvier 2020, était Journaliste-Écrivain et ex-DG de Frat-Mat. En 2013, il publiait un fabuleux livre intitulé LOUGAH – Coulisses d’un artiste, paru aux éditions NEI-CEDA. Une véritable odyssée dans la sulfureuse vie d’une des icônes de la musique moderne ivoirienne, et dans laquelle l’auteur relate scrupuleusement deux faits d’abus de confiance de Lougah au détriment de Mimi Bass, sur deux des plus belles chansons ivoiriennes : Kouglizia et Béhi. Ici, deuxième gaou a été gnata.

Les années 70 ont été fastes pour 𝗙𝗿𝗮𝗻𝗰̧𝗼𝗶𝘀 𝗟𝗼𝘂𝗴𝗮𝗵. Entre Paris et Abidjan, c’était honneurs et gloire, strass et paillettes. Puis vint la descente en douceur du piédestal. Fin 79 début 80, la belle médaille commença à montrer son revers, malgré un appui financier de 7 millions de francs du P.R 𝗛𝗼𝘂𝗽𝗵𝗼𝘂𝗲̈𝘁 pour s’acheter des instruments.
Comme l’a écrit l’auteur, la star avait usé sa prodigalité. Plus de gala, et donc plus d’oseille. 𝗟𝗼𝘂𝗴𝗮𝗵 désertera donc Abidjan pour se replier à Divo, à l’𝗛𝗼̂𝘁𝗲𝗹 𝗡𝗼𝘂𝗻𝗮, se contentant de menus fretins entre potes, entre Divo et… Guitry.

PUIS KOUGLIZIA… PUIS MIMI BASS   

Début 80. Séance de répétition pour un spectacle avec un orchestre de jeunes (AMIDA) des 𝟮𝟮𝟬 𝗟𝗼𝗴𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁𝘀 𝗱’𝗔𝗱𝗷𝗮𝗺𝗲́. Arrivé peu avant les autres pour la répèt, 𝗟𝗼𝘂𝗴𝗮𝗵 y trouve le bassiste du groupe, un certain 𝗠𝗶𝗺𝗶 𝗬𝗲́𝗽𝗲́ 𝗗𝗮𝘃𝗶𝗱 dit 𝗠𝗶𝗺𝗶 𝗕𝗮𝘀𝘀 alias Pickett, fredonnant avec sa guitare un air, 𝐾𝑜𝑢𝑔𝑙𝑖𝑧𝑖𝑎, puis un autre air, 𝐾𝑝𝑎𝑐𝑜𝑠𝑠𝑜𝑢. Deux airs que 𝗙𝗿𝗮𝗻𝗰̧𝗼𝗶𝘀 n’a jamais entendus mais qui l’emballent bien. Il félicite 𝗠𝗶𝗺𝗶 𝗕𝗮𝘀𝘀 mais ne dira rien ce jour-là de ses intentions. Le lendemain, 𝗟𝗼𝘂𝗴𝗮𝗵 enverra son petit frère, 𝗣𝗮𝘂𝗹 𝗗𝗲𝗽𝗹𝗲𝘆, sa doublure de voix, au domicile de 𝗠𝗶𝗺𝗶 𝗕𝗮𝘀𝘀 pour lui dire que le « grand frère veut une de ses chansons jouées la veille ». Sans toutefois dire exactement laquelle. 𝗠𝗶𝗺𝗶 𝗕𝗮𝘀𝘀 surpris, se dit flatté de l’intérêt qu’accorde la grande vedette à ses créations, lui le modeste instrumentiste…

CHAUDES RETROUVAILLES CHEZ KONIAN

Les retrouvailles entre les deux HOMMES se feront chez 𝗙𝗿𝗮𝗻𝗰̧𝗼𝗶𝘀 𝗞𝗼𝗻𝗶𝗮𝗻, dans les locaux de la 𝗦𝗜𝗜𝗦 (Société Ivoirienne de l’Industrie du Son), l’actuel siège de 𝗥𝗮𝗱𝗶𝗼 𝗝𝗔𝗠, à Treichville. En présence de 𝗡𝗴𝗼𝗿𝗮𝗻 𝗝𝗶𝗺𝗺𝘆 𝗛𝘆𝗮𝗰𝗶𝗻𝘁𝗵𝗲, 𝗘𝗺𝗺𝗮𝗻𝘂𝗲𝗹 𝗞𝗼𝗳𝗳𝗶 de Radio CI, et de 𝗞𝗼𝗻𝗶𝗮𝗻 lui-même.

𝗟𝗼𝘂𝗴𝗮𝗵 revient sur sa demande. 𝗠𝗶𝗺𝗶 𝗕𝗮𝘀𝘀 lui propose de prendre 𝐾𝑜𝑢𝑔𝑙𝑖𝑧𝑖𝑎. Mais pour son retour sur la scène, 𝗟𝗼𝘂𝗴𝗮𝗵 ne veut pas de 𝐾𝑜𝑢𝑔𝑙𝑖𝑧𝑖𝑎, trop calme selon lui. Il veut plutôt 𝐾𝑝𝑎𝑐𝑜𝑠𝑠𝑜𝑢, plus rythmé, plus show. Refus catégorique de 𝗠𝗶𝗺𝗶 qui veut garder ce morceau pour lui-même. Lougah insiste, 𝗠𝗶𝗺𝗶 dit niet, prend sa guitare et lui montre ses talons, à la grande vedette. Mais il est rattrapé par 𝗘𝗺𝗺𝗮𝗻𝘂𝗲𝗹 𝗞𝗼𝗳𝗳𝗶 qui avec les autres, convainc 𝗟𝗼𝘂𝗴𝗮𝗵 d’accepter 𝐾𝑜𝑢𝑔𝑙𝑖𝑧𝑖𝑎.

Proposition acceptée sans aucune signature de document, même si l’Auteur-Compositeur pense que c’est une transaction. 𝗠𝗶𝗺𝗶 𝗕𝗮𝘀𝘀 dit l’avoir déjà déclarée à la 𝗦𝗔𝗖𝗘𝗠, le 19 juin 1980. Il avait écrit cette chanson en 1979, en hommage à sa petite sœur, 𝗗𝗲𝗻𝗶𝘀𝗲 𝗠𝗶𝗺𝗶 dite 𝗔𝘁𝗰𝗵𝗲́𝗿𝗲́, décédée l’année d’avant…

La suite, pour son retour, 𝗙𝗿𝗮𝗻𝗰̧𝗼𝗶𝘀 𝗟𝗼𝘂𝗴𝗮𝗵 explosera littéralement en 1981 avec 𝐾𝑜𝑢𝑔𝑙𝑖𝑧𝑖𝑎, à l’émission 𝗔𝗳𝗿𝗶𝗰𝗮 𝗩𝗶𝘀𝗶𝗼𝗻, à Libreville, face à plusieurs chaines de télé africaines. Devant les caméras, il dira que c’est sa nouvelle composition à lui, alors qu’il n’en est que l’interprète. Étonnement de 𝗠𝗶𝗺𝗶 𝗕𝗮𝘀𝘀 devant son écran de télé ce soir-là, depuis Abidjan. Il l’a en travers la gorge…

𝗟𝗼𝘂𝗴𝗮𝗵 enregistrera 𝐾𝑜𝑢𝑔𝑙𝑖𝑧𝑖𝑎 en 1983, sur son nouvel album, et le déclarera à son tour à la 𝗦𝗔𝗖𝗘𝗠, le 5 mars 1983. 𝗠𝗶𝗺𝗶 saisit le 𝗕𝗨𝗥𝗜𝗗𝗔 et remue ciel et terre. 𝗟𝗼𝘂𝗴𝗮𝗵 qui n’est pas content de cette polémique, dit ne pas comprendre cette revendication de 𝗠𝗶𝗺𝗶 qui lui aurait cédé cette chanson gratuitement. Confusion et imbroglio. Le grand frère boudera donc le petit frère chagriné. Néanmoins, 𝗟𝗼𝘂𝗴𝗮𝗵 fera venir un jour 𝗠𝗶𝗺𝗶 𝗕𝗮𝘀𝘀 dans sa chambre d’hôtel de la Bourse du Travail, à Treichville où il avait pris ses quartiers. 𝗠𝗶𝗺𝗶 raconte : « Là, il m’a montré une mallette pleine de billets et m’a dit : ‘‘Tu vois tout ça, 𝗠𝗶𝗺𝗶 ? Tu devras me faire la cour ’’. Finalement, il ne m’a rien donné, pas même un billet de 10 000 f, et je suis parti ». 𝗠𝗶𝗺𝗶 a donc souhaité que leur relation s’arrête là…

ROBERT ANTOINE AUSSI

Même 𝗥𝗼𝗯𝗲𝗿𝘁 𝗔𝗻𝘁𝗼𝗶𝗻𝗲, alors Chef d’orchestre de la Gendarmerie nationale, envoya balader 𝗠𝗶𝗺𝗶 𝗕𝗮𝘀𝘀. L’artiste réclamait des droits d’auteur à hauteur de 25 millions de francs au Français qui avait repris 𝐾𝑜𝑢𝑔𝑙𝑖𝑧𝑖𝑎 en version instrumentale sur son sympathique album, et pour cause. 𝗟𝗼𝘂𝗴𝗮𝗵 s’était présenté à 𝗥𝗼𝗯𝗲𝗿𝘁 𝗔𝗻𝘁𝗼𝗶𝗻𝗲 comme étant le véritable auteur-compositeur de 𝐾𝑜𝑢𝑔𝑙𝑖𝑧𝑖𝑎, et le Français lui cédera tous les droits y afférant en tant que tel. Malgré la dénonciation de 𝗠𝗶𝗺𝗶 auprès du 𝗕𝗨𝗥𝗜𝗗𝗔 et la lettre SOS adressée Mme 𝗜𝗿𝗲̀𝗻𝗲 𝗩𝗶𝗲𝘆𝗿𝗮 en son temps pour ses deux œuvres récupérées et commercialisées par 𝗙𝗿𝗮𝗻𝗰̧𝗼𝗶𝘀 𝗟𝗼𝘂𝗴𝗮𝗵, rien n’y fit.
Seule 𝗡𝗮𝘆𝗮𝗻𝗸𝗮 𝗕𝗲𝗹𝗹 à qui 𝗠𝗶𝗺𝗶 𝗕𝗮𝘀𝘀 a donné le sublime slow 𝑃𝑎𝑛𝑖𝑦𝑎, lui sera reconnaissante, le citant chaque fois qu’elle interprète cette chanson.

De 𝗠𝗶𝗺𝗶 𝗕𝗮𝘀𝘀, décédé en octobre 2012, ses amis musiciens garderont le souvenir d’un Compositeur fécond et d’un musicien de talent. 𝗟𝗲𝗯𝗿𝘆 𝗟𝗲́𝗼𝗻 𝗙𝗿𝗮𝗻𝗰𝗶𝘀 écrira : ‘‘Ses chansons 𝐾𝑜𝑢𝑔𝑙𝑖𝑧𝑖𝑎 et 𝐵𝑒́ℎ𝑖 ont apporté succès, argent et gloire à 𝗟𝗼𝘂𝗴𝗮𝗵, pas à lui ’’.

𝗣.𝗦 : Dans cette vidéo-live de 𝐾𝑜𝑢𝑔𝑙𝑖𝑧𝑖𝑎, le solo de guitare d’𝗘𝘂𝗴𝗲̀𝗻𝗲 𝗔𝗳𝗳𝗿𝗶 𝗟𝘂𝗲́ à partir de la 4 mn 3’ est monstrueux. Un pur délice.
Le temps d’arrêt que marque 𝗟𝗼𝘂𝗴𝗮𝗵 à la fin de 𝐾𝑜𝑢𝑔𝑙𝑖𝑧𝑖𝑎 avant de saluer son public est tout un feeling.

• 𝗙𝗿𝗮𝗻𝗰̧𝗼𝗶𝘀 𝗟𝗼𝘂𝗴𝗮𝗵 a rendu son micro le 21 décembre 1996
• 𝗠𝗶𝗺𝗶 𝗕𝗮𝘀𝘀 a rangé sa Bass le 15 octobre 2012
• 𝗟𝗲𝗯𝗿𝘆 𝗟𝗲́𝗼𝗻 𝗙𝗿𝗮𝗻𝗰𝗶𝘀 a déposé sa plume le 21 janvier 2020
Rideau !!!
𝕄𝕒𝕟𝕦 𝕎𝕒𝕒𝕙




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